LA CONTRIBUTION AUX CHARGES DU MARIAGE : La SAGA continue…
Publié le :
09/06/2025
09
juin
juin
06
2025
La Cour de Cassation apporte, dans cet arrêt du 5 février 2025, des précisions sur le calcul d’une éventuelle sur-contribution par un époux à des travaux réalisés sur le logement familial.
La Cour d'appel avait retenu une créance d’un montant de 267 000 € contre l’épouse ; elle a formé un pourvoi.
La Cour de Cassation a rappelé qu’en cas de surfinancement, l’excès contributif doit être apprécié en considération de l’ensemble des charges du ménage et ne peut être caractérisé en considération exclusive de l’opération financée.
* * *
Ce rappel est salutaire, mais il convient de rappeler d’abord, s’agissant de l’hypothèse d’époux mariés sous le régime de la séparation des biens, qu’il faut vérifier l’existence ou l’absence, dans le contrat de mariage, de la clause instituant une présomption de contribution acquittée au jour le jour et de la renonciation à tout recours à ce titre entre époux.
Dans ces conditions, on sait que la jurisprudence de la Cour de Cassation est assez clairement établie pour créer une dichotomie entre le financement d’acquisition ou de travaux par le remboursement d’un emprunt, qui est considéré comme entrant dans le cadre des charges du mariage, et le financement par un paiement en capital, qui est considéré comme n’entrant pas dans les charges du mariage.
* * *
Ceci étant, même si on entre dans la qualification des charges du mariage, cela ne veut pas systématiquement dire, dans l’hypothèse d’absence de clause de style dans le contrat de mariage, que la conséquence inéluctable est la neutralisation de toute indemnité réclamée par l’époux qui aurait sur-contribué.
En effet, même dans cette hypothèse, il faut vérifier que l’époux a contribué au-delà des facultés contributives de chacun, et la Cour de Cassation rappelle à ce titre que la sur-contribution n’est pas liée exclusivement au surfinancement de l’opération contestée, en l’espèce, et le plus souvent, le financement du domicile conjugal ou de la résidence secondaire.
Le raisonnement doit être plus global, nous dit la Cour de Cassation, et inclure l’intégralité des dépenses du couple.
Cela signifie donc qu’il faut avoir un regard plus distant pour regarder non seulement le financement de l’opération immobilière mais également de toutes les opérations de la vie courante, et également leur temporalité dans le temps de vie du couple.
Il est tout à fait envisageable en effet qu’un époux ait sur-contribué pendant quelques années parce qu’il était, par exemple, plus généreux, et qu’il se soit ensuite arrêté de sur-contribuer pendant quelque temps, ce qui ne devrait pas l’empêcher de faire valoir la réalité d’un financement commun excédant ses facultés contributives.
En effet, il ne faut pas oublier, et c’est le deuxième point, que le financement global des besoins de la vie du couple, y compris les besoins de financement du projet immobilier, se fait à hauteur des facultés contributives respectives, ce qui veut dire que, par exemple, si un conjoint produit 75 % des revenus du couple, il devrait contribuer, globalement, à 75 % des dépenses.
Ce n’est évidemment pas car un conjoint contribue à plus de la moitié des dépenses du couple qu’il est nécessairement créancier d’une indemnité.
La Cour de Cassation rappelle, dans cet arrêt, que l’excès contributif doit se faire en considération de l’ensemble des charges du ménage, sans se borner à examiner une seule catégorie de celles-ci.
Cela démontre, encore une fois, la nécessité d’être extrêmement prudent dans ce mode d’opération et la difficulté à pouvoir estimer à l’avance le montant de la sur-contribution qui peut, l’arrêt le démontre au cas d’espèce, porter sur des montants tout à fait conséquents, en l’occurrence plus de 267 000 € avaient été mis à la charge d’un des deux conjoints.
Cassation Civile Première : 05/02/2025 – n° 22-12.829 – Jurisdata n° 2025-001037
Historique
-
De l’art de conjuguer la liquidation du régime matrimonial avec les obligations alimentaires
Publié le : 13/02/2026 13 février févr. 02 2026Droit de la familleActualités du cabinetPar un arrêt du 10 décembre 2025 (Civ. 1re, 10 déc. 2025, n° 23-22.356), la C...
-
LA QUESTION CRUCIALE DE L’OPTION FORCEE DE L’HERITIER
Publié le : 13/06/2025 13 juin juin 06 2025Droit de la familleDepuis l’importante loi modifiant le droit des successions français de 2006,...
-
La privation de salaire : question présumée urgente…
Publié le : 13/06/2025 13 juin juin 06 2025Droit pénalLe référé-suspension (art. L. 521-1 du CJA) permet au juge administratif de s...Source : www.legifrance.gouv.fr
-
Viae eius viae Domini
Publié le : 13/06/2025 13 juin juin 06 2025Insoliteou l’application du principe de laïcité par l’assemblée plénière de la Cour d...
-
Le Tribunal des affaires économiques : l’égal accès à la justice n’est-il plus un droit fondamental ?
Publié le : 12/06/2025 12 juin juin 06 2025InsoliteLoi d'orientation et de programmation du ministère de la justice 2023-2027 a...
-
Liberté de création ou protection de la vie privée : qui de nous deux ?
Publié le : 11/06/2025 11 juin juin 06 2025InsoliteLe litige oppose deux ex-concubins, le premier auteur-compositeur et la secon...
-
Donner c’est donner, reprendre c’est voler
Publié le : 11/06/2025 11 juin juin 06 2025Droit de la familleUn couple de femme accueille son enfant en décembre 2016. Par acte notarié...
-
DROIT PATRIMONIAL DE LA FAMILLE : DE L’IMPORTANCE D’UN PROJET D’ETAT LIQUIDATIF
Publié le : 10/06/2025 10 juin juin 06 2025Droit de la familleLa Cour de Cassation, dans sa formation de Première Chambre Civile, par un ar...
-
LA CONTRIBUTION AUX CHARGES DU MARIAGE : La SAGA continue…
Publié le : 09/06/2025 09 juin juin 06 2025Droit de la familleLa Cour de Cassation apporte, dans cet arrêt du 5 février 2025, des précision...
-
Premier effet de la réforme de la prescription de 2006 sur l’action en recel successoral
Publié le : 28/05/2025 28 mai mai 05 2025Droit de la familleC’est la première fois que la Cour de Cassation a à connaitre de l’applicatio...
-
UN SEUL ARRET POUR ILLUSTRER TROIS DIFFICULTES LIQUIDATIVES COURANTES
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025Droit de la familleArticle n° 2 - Rubrique : Droit de la Famille Dans cet arrêt du 15 janvier...
-
ATTENTION AUX PIEGES TENDUS EN MATIERE D’ACCEPTATION D’UNE SUCCESSION A HAUTEUR DE L’ACTIF NET
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025Droit de la familleArticle n° 1 - Rubrique : Droit de la Famille : successions La Cour de Cas...
-
La protection fonctionnelle d’Etat : aussi devant la juridiction administrative
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025InsoliteLa protection fonctionnelle d’Etat est définie par au premier alinéa de l’art...
-
L’avocat : un justiciable comme les autres
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025Droit pénalUn différend entre avocats (demande en paiement de rétrocession d’honoraires...
-
Séisme sur la présomption de minorité - Où quand la ténacité trouve un écho au plan européen - Famille
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025Droit de la familleArticles lettre mensuelle - Mars 2025 La question des mineurs non accompag...
-
La rigueur de la Cour d’appel sanctionnée par la Cour de Cassation
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025Droit de la familleArticles lettre mensuelle - Mars 2025 L’article 4 du Code Civil dispose qu...
-
Radiation du rôle de l’appel # Arrêt de l’exécution provisoire
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025InsoliteDans cette affaire, un justiciable fait appel d’un jugement de première insta...
-
Une perquisition n’est pas une circonstance insurmontable !
Publié le : 22/05/2025 22 mai mai 05 2025Droit pénalDans les faits : 9h48 : une personne était interpelée à son domicile et i...
-
Respect de l’ordre public international et interdiction de révision au fond de la décision étrangère
Publié le : 31/01/2025 31 janvier janv. 01 2025Droit international20252025 / JanvierDans cette affaire, un tribunal américain de l’Utah prononce l’adoption d’un...