Intoxication au plomb : sacré khôl !
Publié le :
04/12/2017
04
décembre
déc.
12
2017
Les époux Z et leurs quatre enfants occupaient un logement, loué auprès de la société S., par contrat de bail en date du 23 décembre 1996.
A la suite de la détection d’une plombémie élevée chez l’un des enfants, il fut recherché les causes éventuelles de cette présence anormale de plomb.
Dès lors, plusieurs hypothèses furent envisagées : les peintures riches en plomb, et dégradées, des volets du logement ; l’usage par la famille de plats à tajine riches en plomb ; ou encore l’usage par la mère de khôl traditionnel, entrainant la contamination des enfants par voie fœtale.
Deux expertises, ont été ordonnées, l’une médicale et l’autre immobilière, ceci par ordonnance de référé en date du 22 avril 2013. Les époux Z, agissant tant en leur nom propre qu’au nom de leurs quatre enfants, ont sollicité l’octroi de la somme de 5.000€ en réparation de leur préjudice moral.
La société bailleresse tentait néanmoins d’échapper à toute condamnation en arguant du fait que la cause probable de l’intoxication était l’usage de poudre de khôl traditionnelle par la locataire. Elle invoque par ailleurs le comportement fautif des locataires, qui auraient dégradés les peintures par divers chocs.
Afin de rendre sa décision, la Cour se fonde sur l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989, selon lequel « Le bailleur est tenu de remettre au locataire un logement décent ne laissant pas apparaître de risques manifestes pouvant porter atteinte à la sécurité physique ou à la santé ».
Par ailleurs, l’article 20-1 de la même loi dispose que « Si le logement loué ne satisfait pas aux dispositions des premier et deuxième alinéas de l'article 6, le locataire peut demander au propriétaire sa mise en conformité sans qu'il soit porté atteinte à la validité du contrat en cours ».
En procédant à l’analyse des deux rapports d’expertises rendus, la Cour en déduit que le logement donné à bail présentait des défauts faisant obstacle à la jouissance paisible du logement, soit en l’espèce des risques pouvant porter atteinte à la santé de ses occupants.
La cause la plus probable du dommage est donc la présence de peintures contenant du plomb, la présence desdites peintures engageant alors la responsabilité du bailleur.
Le khôl, d’un élégant trait noir, est ainsi rayé de la liste des coupables potentiels.
Aussi, le bailleur, tenu aux obligations mentionnées supra, est responsable du dommage subi par chacun des membres de la famille résultant de l’exposition au plomb pendant plusieurs années. C’est ainsi que la Cour d’appel de VERSAILLES condamne la société bailleresse à verser la somme de 5.000€ à Madame Z., tant en son nom personnel qu’en tant que représentante légale de ses quatre enfants mineurs. Le bailleur d’un logement à usage d’habitation devra donc s’assurer que ledit logement ne comporte aucun élément pouvant porter atteinte à la sécurité des occupants. Source : Cour d’appel de Versailles, 1ère chambre, 2e section, 10 octobre 2017 – n°16/03428
Historique
-
« L'heure, c'est l'heure ; avant l'heure, c'est pas l'heure ; après l'heure, c'est plus l'heure » (Alphonse de LAMARTINE)
Publié le : 28/05/2018 28 mai mai 05 2018Droit immobilier20182018 / MaiL’article 1792 du Code civil dispose que : « Tout constructeur d'un ouvrage e...
-
Parce qu’en droit aussi « Rien ne sert de courir, il faut partir à point »
Publié le : 23/04/2018 23 avril avr. 04 2018Droit immobilier20182018 / AvrilLa société S. était locataire d’un local commercial appartenant à Monsieur X,...
-
Quand le bien donné à bail disparait d’un coup de baguette (bien cuite)
Publié le : 23/04/2018 23 avril avr. 04 2018Droit immobilier20182018 / AvrilLa société I., propriétaire de locaux à usage commercial, loue lesdits locaux...
-
Droit de résiliation par le bailleur AP/HP applicable aux contrats en cours
Publié le : 16/03/2018 16 mars mars 03 2018Droit immobilier20182018 / MarsL’article 61-1 de la Constitution dispose notamment que « Lorsque, à l'occasi...
-
Précisions concernant le point de départ de la prescription pour l’action en résiliation du bail rural en cas de défaut d’exploitation par le preneur et sous-location
Publié le : 16/03/2018 16 mars mars 03 2018Droit immobilier20182018 / MarsLe 30 juillet 2001, Marcelle et son fils, Maurice, ont donné à bail des parce...
-
Non-conformité partielle à la Constitution de l’article 10 de la loi n°75-1351 du 31 décembre 1975 relative à la protection des occupants de locaux à usage d’habitation
Publié le : 19/02/2018 19 février févr. 02 2018Droit immobilier20182018 / FévrierL’article 61-1 de la Constitution, tel qu’issu de Loi constitutionnelle n°200...
-
Une décision qui ne casse pas des briques (du moins l’espère-t-on…)
Publié le : 19/02/2018 19 février févr. 02 2018Droit immobilier20182018 / FévrierVous constatez un jour que votre voisin édifie des fondations empiétant légèr...
-
Le vendeur professionnel de menuiseries doit vérifier la conformité du choix de son client au règlement de copropriété
Publié le : 18/01/2018 18 janvier janv. 01 2018Droit immobilier20182018 / JanvierSachez, cher lecteur, que si vous achetez une paire de stilettos pour une ran...
-
Servitude de vues et fonds non contigus
Publié le : 28/12/2017 28 décembre déc. 12 2017Droit immobilier20172017 / DécembrePropriétaire d’une charmante villa avec piscine, vous aimez vous baigner nu a...
-
L’absence de compétence européenne dans le règlement Bruxelles ii bis continue a poser problème.
Publié le : 27/12/2017 27 décembre déc. 12 2017Droit immobilier20172017 / DécembreL’épouse, de nationalité française, et l’époux, de nationalité belge, se sont...
-
Intoxication au plomb : sacré khôl !
Publié le : 04/12/2017 04 décembre déc. 12 2017Droit immobilier20172017 / DécembreLes époux Z et leurs quatre enfants occupaient un logement, loué auprès de la...
-
La chute de l’enfant des locataires dans les parties communes engage la responsabilité du bailleur
Publié le : 04/12/2017 04 décembre déc. 12 2017Droit immobilier20172017 / DécembreMonsieur et Madame K. louant un logement au septième étage, leur enfant Xalo...
-
Possibilité de résiliation du bail d’habitation pour défaut de jouissance paisible des locataires
Publié le : 31/10/2017 31 octobre oct. 10 2017Droit immobilier20172017 / OctobreVous avez souscrit un bail d’habitation ? Réjouissez-vous ! Vous êtes soumis...
-
Contrat de construction de maison individuelle : délai de rétractation et absence de notification de la notice informative
Publié le : 08/10/2014 08 octobre oct. 10 2014Droit immobilier20142014 / OctobreSources : Cass. 3e civ., 8 oct. 2014, n° 13-20.294 JurisData n° 2014-023240...