Prescrire un médicament qui rend accro aux jeux n’est pas forcément une faute.
Publié le :
03/11/2017
03
novembre
nov.
11
2017
Pour soigner le syndrome des jambes sans repos, un médecin neurologue a vanté les mérites d’un médicament, le Sifrol, à une patiente afin d’apaiser ses symptômes et pour que celle-ci retrouve une vie normale. La patiente, éprouvée par son mal, a, bien entendu, accepté – sans lire la notice. La dose prescrite par le médecin neurologue était cependant faible, bien que légèrement supérieure à la dose maximale recommandée par l'autorisation de mise sur le marché.
Ses symptômes disparaissant au fil des prises du médicament, elle ne s’est pas inquiétée. Son médecin traitant a même augmenté la dose, ainsi que la patiente elle-même afin d’accroitre l’efficacité du traitement.
Dans le même temps, la patiente a commencé à développer une addiction aux jeux et son compte bancaire s’est vidé aussi vite qu’elle jouait. Pour se renflouer, la patiente a commis des détournements et même des vols dans la société qui l’employait. Or, sur la notice du médicament, était inscrit que si ce médicament peut aider à soulager le syndrome des jambes sans repos, il a aussi des effets indésirables comme... une possible addiction aux jeux.
N’ayant pas été informée par le médecin neurologue, premier prescripteur, de ce risque et jugeant qu’il a commis une faute en lui prescrivant ce médicament, elle met en cause sa responsabilité.
Sur le fondement de l’absence d’information, les juges lui donnent raison, mais ne lui allouent qu’une somme faible puisque la patiente avait la notice l’avertissant de ce risque entre les mains.
Sur le deuxième fondement, la faute dans la prescription, les juges la déboutent.
Elle saisit la Cour de cassation qui rejette son pourvoi en jugeant que l’addiction aux jeux est survenue à cause de l’augmentation de la dose par son médecin traitant et par elle-même, que le médecin neurologue premier prescripteur n’a, de plus, eu aucun retour malgré ses demandes, ce qui exclut sa responsabilité au titre de la prescription du Sifrol.
Le plus efficace reste donc de s’en tenir aux doses prescrites et de lire les notices... Source : Cour de cassation, 1ère ch. civile, 29 mars 2017, pourvoi n° 16-13577 En savoir plus
Historique
-
Isolement en hôpital psychiatrique : nécessaire contrôle du juge.
Publié le : 23/08/2020 23 août août 08 2020Droit médical20202020 / AoûtNous avions précédemment publié un article relatif à la question prioritaire...
-
Isolement et camisole de force : sous contrôle judiciaire ?
Publié le : 10/05/2020 10 mai mai 05 2020Droit médical20202020 / MaiL'article L3222-5-1 du Code la santé publique prévoit les conditions dans les...
-
Un expert pas vraiment impartial
Publié le : 16/12/2019 16 décembre déc. 12 2019Droit médical20192019 / DécembreEn février 2009, une patiente confiait le suivi de sa grossesse au Centre hos...
-
Allo Docteur ? Je n’ai plus confiance en vous
Publié le : 29/05/2019 29 mai mai 05 2019Droit médical20192019 / MaiLe 19 Mars 2019, la Cour d’Appel de Reims a condamné deux cardiologues à inde...
-
Rien ne sert de stresser
Publié le : 15/02/2019 15 février févr. 02 2019Droit médical20192019 / FévrierA la suite de plusieurs séances de soins (sclérothérapie) pratiquées par un m...
-
La femme enceinte, les médecins et l’absence de réponse du laboratoire.
Publié le : 08/06/2018 08 juin juin 06 2018Droit médical20182018 / JuinNous sommes dans les années 2000 et une femme est enceinte. Son médecin gynéc...
-
Quizz : Qui est responsable de l’infection nosocomiale en cas de groupement de coopération sanitaire ?
Publié le : 08/06/2018 08 juin juin 06 2018Droit médical20182018 / JuinDans cette affaire, un hôpital privé et un centre hospitalier public ont créé...
-
Les données acquises de la science et la responsabilité médicale.
Publié le : 28/05/2018 28 mai mai 05 2018Droit médical20182018 / MaiLe professionnel de santé doit donner des soins attentifs, consciencieux et c...
-
Comment l’hôpital peut-il dégager sa responsabilité en cas d’infection nosocomiale ?
Publié le : 28/05/2018 28 mai mai 05 2018Droit médical20182018 / MaiLa question, de taille, amenait cependant, jusqu’à très récemment, qu’une rép...
-
La naissance du préjudice corporel dans sa dimension psychique.
Publié le : 23/04/2018 23 avril avr. 04 2018Droit médical20182018 / AvrilAlors que leur fille se plaignait de maux de têtes, de vomissements et d’épis...
-
Le préjudice moral englobe-t-il le préjudice psychique ?
Publié le : 16/03/2018 16 mars mars 03 2018Droit médical20182018 / MarsSi les larmes ne se monnayent pas, le droit à la réparation du préjudice mora...
-
Si votre assureur vous demande des documents médicaux, vous avez le droit de refuser.
Publié le : 19/02/2018 19 février févr. 02 2018Droit médical20182018 / FévrierDans le cadre d’un contrat d’assurance, un assureur a versé à son assuré la s...
-
L’âge réduit-il l’importance de la réparation du préjudice sexuel ?
Publié le : 18/01/2018 18 janvier janv. 01 2018Droit médical20182018 / JanvierOui, a répondu la Cour administrative suprême du Portugal. Pour cette Cour, l...
-
Prescrire un médicament qui rend accro aux jeux n’est pas forcément une faute.
Publié le : 03/11/2017 03 novembre nov. 11 2017Droit médical20172017 / NovembrePour soigner le syndrome des jambes sans repos, un médecin neurologue a vanté...
-
Un manquement à l’obligation d’information du médecin, deux préjudices distincts indemnisables.
Publié le : 18/05/2017 18 mai mai 05 2017Droit médical20172017 / MaiLors d’un acte médical, le médecin est tenu d’une obligation d’information à...
-
Défectuosité d’un produit de santé : de l’importance de la pose d’un produit de santé (défectueux) à l’hôpital.
Publié le : 18/05/2017 18 mai mai 05 2017Droit médical20172017 / MaiOui, vous avez bien lu.Le plus incongru, outre ce titre, est la réalité du pr...